Gestions des inondations et des risques naturels par les projets de territoires et de paysages

Vendredi 05 Novembre 2021

Séminaire organisé par ULiège - Faculté de Sciences Appliquées, ULiège - Jacques Teller
Val Benoît, le 12 octobre 2021.
Résumé des exposés par la Maison de l’Urbanité.

Cadre du changement climatique. Perspectives et risques en vallée liégeoise notamment aux horizons 2030, 2050, 2100.

Xavier Fettweiss est chercheur au laboratoire de climatologie à l’université de Liège. Il a présenté les résultats du modèle climatique « MAR ». Il s’agit d’un modèle qui permet de simuler l’évolution des précipitations hivernales en Belgique dues à la pluie et à la fonte des neiges.
D’après les résultats du modèle MAR, les précipitations extrêmes que l’on a connues à la mi-juillet 2021 pourraient se reproduire dans 10-20 ans. À long terme, au-delà des années 2030, ce type d’événement ne devrait plus se reproduire, si le réchauffement climatique mène à une augmentation de température de +1,5°C.
Dans le futur, après 2050, l’augmentation de la température due au changement climatique pourrait conduire en été à une augmentation des périodes de canicule et de sécheresse, surtout dans les Ardennes. Il devrait moins pleuvoir mais les précipitations devraient être plus intenses. En hiver, on va vers une diminution des précipitations. Il y aura moins de période de vague de froid et de neige.

Risques d’inondations dans la vallée mosane : présentation de l’étude réalisée par l’ULiège en 2013 et mise en perspective.

Benjamin Dewals travaille au département HECE (Hydraulics in Environmental and Civil Engineering) de l’Université de Liège. Il nous a présenté l’intérêt d’utiliser les logiciels « WOLF » de modélisation hydrologiques et hydrodynamique. Couplé à des données altimétriques et du bâti métriques, ces logiciels permettent d’obtenir une maquette pertinente pour le calcul de l’écoulement des eaux. Ils sont applicables à des situations réelles en grandeur nature et constituent ainsi un véritable outil d’aides à la décision.
Il nous a présenté le potentiel de ces modèles hydrodynamiques dans la prévision et dans la gestion des crues en prenant pour exemple la ville de Liège. Les résultats se basent sur une étude transnationale de 2013, qui porte sur les débits de pointe de la crue ‘centennale’ de la Meuse. Il s’agit d’une crue de référence européenne, dont la probabilité d’apparition sur une année est de 1/100. L’équipe HECE a analysé l’impact d’une augmentation de + 15% ou + 30% sur ce débit ‘centennale’. Elle a réfléchi aux actions de protection qui pourraient être menées et poursuivies à Liège, en amont et en aval. Ces actions sont par exemple les protections linéaires, les ouvrages hydrauliques, le dragage du lit du fleuve, la rétention d’eau, etc. Quelles sont les priorités à mener pour ces différences actions et quelles sont les conséquences de chaque action sur l’ensemble du bassin mosan ?

Démarches entreprises par l’AIDE

Jean-Pierre Silan, Jérôme Brixko

Fondée en 1928, l’AIDE est l'Association intercommunale pour le démergement des communes de la Province de Liège. Il concerne les moyens mis en place pour assurer l’évacuation des eaux aboutissant dans les plaines affaissées à la suite de l’exploitation minière. Aujourd’hui, l’AIDE s’occupe également de l’épuration des eaux usées, du réseau d’égouttage hors exploitation et assure un service de conseil.
La crue hivernale de 1926, a débouché sur plusieurs interventions : la rectification du profil de la Meuse, l’endiguement, le dragage, etc. Mais cela ne suffit pas à gérer les eaux venant des plaines, c’est ainsi que 48 stations de pompage, des collecteurs de ceintures et 213 km de conduites ont été construits et exploités par l’AIDE. Aujourd’hui, l’association doit faire face au vieillissement des ouvrages, à l’après-exploitation minière, au remblayage des friches industrielles, à l’urbanisation et aux défis du changement climatique.
Pour les nouveaux projets d’urbanisme, il est désormais obligatoire de gérer l’infiltration des eaux pluviales sur la parcelle. Ce qui permet de désengorger les réseaux d’égouttage, de diminuer la recharge aquifère, de limiter le fonctionnement des déversoirs d’orage et d’améliorer le fonctionnement des stations d’épuration. L’AIDE peut remettre un avis lors du permis d’urbanisme ou une aide technique détaillée pour une infiltration réussie : matériaux perméables, visibilité de l’eau, dimensionnements des ouvrages, toitures vertes, végétaux, noues, etc.
Dans les zones urbaines déjà bâties, la déconnexion des eaux pluviales du réseau d’égouttage public est une solution envisageable aussi bien sur les parcelles qu’en voirie.

Région Wallonne : quelles approches ? Elaboration des Plans de Gestion des Risques d’Inondation 2022-2027(PGRI)

Audrey Lahousse est attachée au Service Public de Wallonie. Elle nous a présenté l’élaboration des Plans de Gestion des Risques d’Inondation (PGRI) 2022 et 2027. Les PGRI découlent d’une directive européenne dont les objectifs sont l’évaluation des risques d’inondation, leurs cartographies par scénario (25-50-100 ans et extrême) et l’élaboration de PRGI.
Pour l’élaborer les PGRI, la région wallonne a mis en place des comités techniques par sous-bassin hydrographique, constitués de spécialistes. Les PGRI comprennent des mesures pour répondre aux inondations (protection, prévention, préparations, analyse et réparation après une crise) qui font l’objet d’une priorisation et d’une analyse coût-bénéfices. Elles visent à réduire les conséquences négatives sur la santé humaine, les activités économiques, l’environnement et le patrimoine culturel. Les PGRI contiennent 2 orientations stratégiques par sous-bassin et 6 objectifs à atteindre, par exemple, la diminution du ruissellement des eaux ou l’amélioration de la gestion. Les PGRI contiennent également des projets plus concrets, par exemple, des ouvrages de régulation du débit, des travaux sur le lit d’une rivière, la réduction du ruissellement, la préservation des zones naturelles d’expansion de crue. Ces projets sont encodés sur le site www.paris.spw.wallonie.be.
Audrey Lahousse nous a également présenté un projet pilote « la culture du risque d’inondation » sur le bassin Escaut-Lys qui vise à entretenir la mémoire du risque, à accompagner les riverains sur la vulnérabilité du bien inondé et de leur proposer des conseils en cas d’inondation.

Modifications des régimes hydriques et impacts sur la ressource en eau : quelles perspectives et risques pour le développement du transport fluvial ?

Philippe Dierickx est attaché à la direction de la gestion hydrologique du Service Public de Wallonie. La Wallonie gère 7% du transport marchandise sur ses 450 kilomètres de voies navigables. Le changement climatique annonce une augmentation des sécheresses qui risque d’impacter la navigation surtout en période d’étiage, lorsque les eaux sont les plus basses. Les voies navigables seront de plus en plus sous-pression pour pouvoir assumer les différents enjeux géopolitique et socio-économiques (besoins en eau potable, transport fluvial, biodiversité, besoins industriels, tourisme, etc.).
La direction des voies hydrauliques a déposé en 2020, un schéma stratégique de résilience des voies hydrauliques à l’horizon 2050. Ce schéma comprend différents aspects comme la maintenance, l’exploitation, la réglementation et les investissements. Mais aussi la résilience, c’est-à-dire l’évaluation des besoins d’adaptation des voies hydrauliques face au changement climatique.
Philippe Dierickx a également présenté le futur plan régional des ressources en eaux (SRRE 2.0) qui intègre la question des changements climatiques. Ce plan a pour objectif d’assurer la pérennité et la diversité des ressources hydriques pour tous les usages de l’eau et d’intégrer l’adéquation entre l’offre et la demande en eau. Quelles seront les priorités à mener pour répondre aux différents enjeux ? Le changement climatique opère de profondes modifications sur le système complexe de gestion des eaux.

Gestions des inondations et des risques naturels par les projets de territoires et de paysages

Frédéric Rossano est architecte paysagiste et professeur à École Nationale Supérieure d’Architecture de Strasbourg. Il nous a présenté quelques exemples en France et aux Pays-Bas qui montrent comment les recompositions paysagères et architecturales peuvent aider à gérer les risques d'inondations en réconciliant les impératifs environnementaux et de développement durable. Il nous a montré comment des villes renforcent leurs liens avec l'eau par la mise en œuvre de nouveaux espaces architecturaux et urbains.
Depuis une vingtaine d’années, les grands projets de gestion d’inondation ne sont plus une approche uniquement paysagère mais aussi une approche qui accepte ‘la part de l’eau’. Ce que l’on dessine, ce n’est pas la prévention de l’eau, c’est la crue elle-même. Elle est acceptée comme quelque chose qui va se produire avec le moins de dégâts possible et une maîtrise de ses dégâts.
À travers des exemples, il a montré l’importance d’une collaboration entre espace rural, péri-urbain et urbains. C’est dans cette articulation, entre les différentes échelles de ville métropoles et régions que se joue une partie de la solution.