Le piéton, centre de la reconquête de l’espace public

Les Trente glorieuses représentent l’apogée de la planification urbaine basée sur la présence de l’automobile dans l’espace public. Aujourd’hui, la place du piéton devient de plus en plus prépondérante.

La pratique de la marche est bonne pour la santé, renforce la vie sociale et diminue la pollution en réduisant l’usage de la voiture. Mais comment donner plus de place aux piétons dans l’espace public ?

Des espaces publics peu agréables

Si les villes anciennes possèdent des espaces publics dans lesquels il est agréable de marcher, de nombreux aménagements contemporains sont encore uniquement pensés en termes de déplacements. Les dimensions excessives d’espaces monofonctionnels minéralisés ne donnent pas envie d’y circuler. Et ce ne sont pas quelques touches vertes rapportées qui en modifient la nature.


Peu de place pour les piétons ! © J.M. Degraeve

Cette situation vient d’une conception qui ne prend pas suffisamment en compte les utilisateurs. Seul un changement de paradigme permet de créer une ville agréable, qui donne envie d’y vivre, circuler, travailler et habiter. Au-delà des questions de déplacements, l’espace public doit être conçu à hauteur des yeux du piéton et à sa vitesse. Seule cette démarche "par le bas" permet de sortir d’a priori d’aménagements trop souvent pensés "par le haut" sur la table à dessin avec de belles images vite obsolètes.


La présence de la voiture limite les déplacements. © J.M. Degraeve

L’espace public pensé au départ du piéton

Cette approche d’aménagement de l’espace public au départ des piétons nécessite de commencer par l’étude de leurs comportements et de leurs interactions avec le milieu physique. Au-delà du caractère scientifique de ces observations, l’analyse des usages sur l’espace public permet d’en mesurer les éléments essentiels avant son aménagement.

Deux démarches de ce type sont présentées ci-après (ndlr : la seconde démarche est à lire uniquement dans le format papier de la revue). La première est celle de Jan Gehl, chercheur passionné de la vie dans l’espace public, dont les analyses des comportements des piétons constituent un outil d’aide à l’aménagement de l’espace public. La deuxième démarche est celle des architectes du groupe Dear Hunter qui font de la "chasse" aux comportements des usagers un outil de connaissance des espaces publics à aménager. Ainsi, leur récente intervention à Herstal sert de référence pour l’élaboration du master plan du centre de la commune.

Ces études de spécialistes doivent être complétées par le recueil des réactions des usagers au moyen d’interviews individuelles et de débats collectifs.


Un espace public vivant. © J.M. Degraeve

Un "bureau du piéton" ?

Comme la respiration humaine, le rythme de la vie urbaine varie en fonction du climat, du moment de la journée, du jour de la semaine ou de l’époque de l’année. Il est donc nécessaire de réaliser l’analyse des rythmes urbains sur une longue durée. Ce délai et le coût des études peuvent refroidir certains décideurs. Comme il est impératif d’étudier en profondeur un bâtiment avant de le rénover pour éviter les suppléments, l’étude préalable du fonctionnement des espaces publics permet d’utiliser adéquatement les moyens financiers investis en évitant de devoir réintervenir. Pour permettre une observation de longue durée, il peut être avantageux de créer un observatoire local de la vie sur l’espace public afin de centraliser les données sur les comportements dans l’espace public. À l’instar des études sur les flux de circulations automobiles, ce "bureau du piéton" suit de manière régulière l’évolution des espaces publics afin de répondre rapidement aux problèmes constatés. Enfin, la réalisation d’aménagements "à l’essai", avant leur mise en œuvre définitive, permet d’ajuster progressivement le projet.

Gageons que l’application de ces principes permettra d’améliorer la place des piétons en ville !

Jean-Michel Degraeve

Article paru dans le Cahier de l'Espace Public n°33 (mars 2020) et mis en ligne dans cette rubrique le 24 mars 2020.