Vers des quartiers "zéro déchet" à Liège ?

On a vu fleurir ces dernières années à Liège un nombre significatif d’initiatives basées sur le principe du "zéro déchet". Celles-ci répondent à une demande grandissante des consommateurs qui souhaitent réduire leur impact sur l’environnement. Même si ce mode de consommation reste mineur, certains voudraient déjà étendre la démarche à une échelle plus vaste.

© DamarisBasileJudith

En effet, dès 2015, Bruxelles Environnement a publié un vade mecum intitulé "Vers des quartiers zéro déchet". Les principes qui y sont prônés sont ceux de l’économie circulaire, dont la particularité est de gommer la notion de déchets. On peut présumer que le déploiement de ces pratiques à l’échelle du quartier bouleverserait les manières de concevoir et de vivre la ville.

L’idée de "quartier zéro déchet" s’inscrit dans des mouvances telles que le Green Urbanism ou l’Urbanisme écologique dont les fondements réinterrogent non seulement les interactions entre l’Homme et son environnement, mais également les interactions entre êtres humains. Dans ce paradigme, la constitution d’un territoire durable nécessite une collaboration intense entre ceux qui l’occupent.

Parmi les pratiques préconisées par Bruxelles Environnement, nombreuses sont celles qui mènent à la création de lieux collaboratifs, où s’échangent biens et connaissances. Ces espaces de rencontre, au-delà de leur vocation écologique, agissent comme un véritable vecteur de cohésion sociale. On peut citer pour exemple les systèmes d’échanges locaux, les boutiques de seconde main, les repair cafés, ou encore les épiceries en vrac.

Bien que ces lieux soient encore marginaux et trop peu connus des Liégeois, il est par exemple déjà possible aujourd’hui d’acheter des vêtements de seconde main à la Gerabotte, la Tabaga ou à la boutique Terre, de faire réparer son vélo au Repair Café itinérant, d’échanger une heure de jardinage contre une heure de cours de piano au SELîdje, ou encore d’acheter ses légumes produits localement chez Les petits producteurs.

D’autres leviers, liés plus directement à l’urbanisme, sont présentés au sein du Vade Mecum. Parmi ceux-ci, deux mécanismes en rapport avec le secteur de la construction, qui est meneur en matière de production des déchets. Le premier mécanisme consiste à inciter ou accompagner les rénovations légères, notamment par l’intermédiaire d’ASBL telles que Renobru. Le second prend la forme d’une Bourse d’achat collectif, où des particuliers peuvent se grouper pour acquérir des immeubles industriels ou obsolètes et ainsi les reconvertir.

Ces démarches visent à adapter le bâti existant afin de prévenir des destructions-reconstructions très gourmandes en ressources. Elles pourraient, par la même occasion, constituer un moyen innovant de faire participer les citoyens au réinvestissement des centres-villes en mobilisant par le biais de l’écologie. En effet, là où ces opérations immobilières sont peu attractives pour les investisseurs privés traditionnels, à la recherche de la meilleure rentabilité, les citoyens groupés en collectifs pourraient avec des ambitions écologiques et sociales y trouver leur intérêt.

La perspective de quartiers zéro déchet nous invite à reconsidérer notre manière d’envisager le territoire urbain. Les pratiques associées à cette aspiration écologique semblent converger au renforcement du tissu social et à la redéfinition des besoins individuels. L’organisation de la ville, et l’expérience qui en est faite pourraient dans ce cadre connaître une mutation majeure.

Nous n’avons ici qu’effleuré la diversité des actions plébiscitées par Bruxelles Environnement. Nous vous invitons à aller consulter le document dans son intégralité via ce lien.

Autres sources :
- "Urbanisme durable dans votre commune : pourquoi et comment ?",
par Thibault Ceder et Philippe Pieters, dans UVCW n°874.
- "Green Urbanism: Formulating a Series of Holistic Principles",
par Steffen Lehmann, dans Sapiens (en anglais).

Fabian Massart

Mis en ligne le 4 février 2020