Rotor, une voie vers la construction de seconde main ?

Dans le prolongement de notre article sur les "quartiers zéro déchet", nous allons vous présenter un groupe de design et de recherche bruxellois, l’asbl Rotor.

© Rotor

Fondée en 2005, elle consacre ses travaux à la thématique des flux dans l’industrie de la construction et plus particulièrement à la question des déchets. Le collectif propose également un volet opérationnel depuis la mise en place en 2016 de sa spin-off Rotor Déconstruction.

Rotor est donc active à la fois dans le champ des idées et dans la mise en pratique concrète de celles-ci. Dans le registre opérationnel, leur démarche prend la forme du réemploi de matériaux de construction. Ceux-ci sont collectés préalablement sur de grands bâtiments voués à être démolis ou rénovés.

À partir de ces éléments de récupération, la coopérative Rotor Déconstruction propose différents services : de la vente de détail au sein d’un entrepôt de 1200 m2 situé à Anderlecht, mais également une assistance complète dans la conception de projets d’architecture intérieure. La gamme des éléments proposés est très variée, elle se constitue aussi bien de parquets, de plafonds et de murs que de carrelages, de portes et de mobiliers.

Les seuls coûts répercutés par Rotor étant ceux de la main-d’œuvre, les matériaux récupérés sont revendus à un prix trois fois inférieur aux produits neufs équivalents. En plus de créer de l’emploi et de générer un bénéfice écologique, ces pratiques de réutilisation permettent donc un bénéfice économique pour le client. Les réticences du public vis-à-vis de ce modèle sont généralement le résultat de raisonnements biaisés. Les produits peuvent être perçus soit comme un second choix de qualité moindre, soit comme une pièce exclusive au prix mirobolant, alors que dans les faits, les éléments remis sur le marché sont à la fois abordables, originaux et de qualité.

Outre ces aspects comptables, on peut considérer que dans leur ensemble, les ouvrages de Rotor apportent une réelle plus-value architecturale. Certes de nombreux éléments sont assez quelconques, mais d’autres sont au contraire dotés de qualités exceptionnelles. L’intervention de Rotor est alors salutaire puisqu’elle permet de préserver un patrimoine voué à la destruction.

Parmi les réalisations remarquables de la coopérative, on peut citer l’aménagement intérieur de la librairie LibreBook à Ixelles, où Rotor a placé entre autres choses des panneaux contreplaqués extraits de La Monnaie, des luminaires de la Générale de banque, ainsi qu’un parquet issu d’un immeuble de bureaux voisin. Rotor va également fournir au nouveau recyparc d’Anderlecht sa structure en récupérant celle d’un centre équestre liégeois en fin de vie.

Rotor Déconstruction est un jeune projet qui cherche toujours à optimiser son mode d’organisation. La tendance actuelle au sein de la coopérative est au fonctionnement en flux tendu. Cette dynamique pourrait atténuer les contraintes de temps et d’espace de stockage généralement associées au modèle de l’économie circulaire.

En dépit de ses atouts aux niveaux écologique, social et culturel, le processus du réemploi ne s’applique à Bruxelles qu’à environ 1% des matériaux issus de chantiers. Même si tout ne peut être réemployé, cela signifie que le secteur possède une marge de progression monumentale. Rotor est un pionnier qui par son exemple ouvre la voie à de nombreuses initiatives analogues. La démocratisation de ces pratiques pourrait imposer au domaine de la construction une profonde réorganisation. D’ici là, vous pouvez déjà vous offrir le luminaire distingué qu’il manque à votre salon, pour un moindre prix, sur la boutique en ligne de Rotor.

Autres sources :
- Le site web de Rotor.
- "À Bruxelles, matériaux et équipements échappent à la benne pour une deuxième vie",
par Soazig Le Nevé, dans Le Monde.
- "Rotor : l'entreprise qui sauve le design de la démolition et le vend aux particuliers",
par Fanny Leroy, dans La Libre Belgique.
- "Une 2ème vie pour les matériaux…",
par la Rtbf/Vivacité.
- "Rotor Deconstruction – Vente d’éléments de construction de réemploi en flux tendu",
par Lionel Billiet.

Fabian Massart

Mis en ligne le 11 février 2020